Lucylia: Du bout de tes doigts

Du bout de tes doigts

16 août 2017 à 05:14pm

La pièce était plongée dans le silence mais également dans le noir, assise contre le sol froid, le dos collé contre le lit, elle se demandait depuis combien de temps ils étaient enfermés là. Longeant l’invisible plafond, elle comptait lentement les heures dans sa tête, ne pouvant plus rien faire d’autre à présent. Ils avaient bien trop crié, ils s’étaient bien trop entre-déchirés, désormais il ne restait plus rien que ce silence, même ses joues, jadis inondées par les larmes, avaient finis par sécher.


- Marie … ?


 


Elle tressaillit légèrement, ne s’attendant pas à ce que sa voix s’élève. Lourdement son regard retomba droit devant elle, sur la silhouette à peine distincte appuyée contre le mur.


- Quoi ?


 


Elle aurait voulu avoir un ton normal mais sa réponse lui sembla si sèche et agressive, elle se pinça légèrement les lèvres. Oui, elle voulait être plus douce avec lui mais si elle le faisait, alors elle s’avouerait vaincu et ça, elle ne pouvait l’admettre.


- Pourquoi tu m’en veux ?


 


Cette question, elle avait espéré qu’il ne la poserait pas, elle avait espéré qu’il comprendrait, ses yeux s’imbibèrent d’eau mais elle retint ces nouveaux pleurs qui ne devaient pas se manifester. Glissant une mèche derrière son oreille d’un geste vif et maladroit, elle répondit en essayant d’empêcher sa voix de trembler.


- Ce n’est pas évident ? Je te l’ai dit toute à l’heure pourtant.


 


Elle entendit quelque chose glisser sur le sol et vit la silhouette commencer à bouger pour se rapprocher d’elle, aussitôt elle ordonna, presque en criant :


- N’approche pas !


 


La forme obscure s’arrêta dans son action puis lentement se rassit face à elle, ils étaient désormais un peu plus proche mais pas encore assez pour pouvoir se toucher ou ne serait-ce que se voir un peu mieux.


- Marie … ? Demanda à nouveau cette voix si familière.


 


Cette fois elle ne répondit qu’un simple son difforme. Son bras lui faisait encore mal, il devait certainement être encore rougis par les marques de ses doigts.


- Est-ce que tu pleures ?


 


Elle vint alors passer sa main sur sa joue, effectivement une goutte d’eau salé était entrain de se frayer un chemin de son oeil à sa mâchoire. Ravalant sa salive, elle se muta dans un silence qui en disait long.


- Tu pleures à cause de moi ? Insista-t-il.


 


Encore une fois : aucune réponse. La silhouette se pencha alors vers elle et elle sentit le dos d’une main effleurer sa jambe. Sursautant, elle se décala vivement pour esquiver ce contact.


- Laisse moi … Dit-elle d’une voix tremblante.


 


Il fit une seconde tentative qui découla sur le même résultat puis posa alors sa main sur son bras. Elle était déchirée entre le bien-être que lui apportait ce simple contact et l’envie de le repousser, finalement, elle remplaça le geste par la parole :


- Ne me touche pas.


- Chuuuut … Arrête …


 


Sa douce voix s’était encore rapprochée, l’ombre noire également, il se tenait désormais légèrement au-dessus d’elle, leurs visages seulement à quelque centimètre l'un de l'autre. Levant les yeux, elle fixa alors l’endroit où devait se trouver le regard de son compagnon.


- Je t’ai dit de …


 


Des lèvres vinrent se presser contre les siennes, elle ne pouvait désormais ni argumenter, ni se débattre. Fermant les yeux, elle apprécia donc l’instant, sentant les doigts de son partenaire effleurer sa peau, remontant le long de son bras, touchant à peine son épaule pour qu’ensuite une main chaude ne vienne se déposer délicatement sur sa joue. Ce fut un baiser court mais délicieux, quand il se recula rompant ainsi le contact entre eux, elle ouvrit les paupières. La pièce était plongée dans le silence mais également dans le noir, assise contre le sol froid, le dos collé contre le lit, elle se demandait depuis combien de temps elle dormait là. Balayant l’endroit du regard, elle se rendit vite compte qu’elle était seule. Ils avaient bien trop crié, ils s’étaient bien trop entre-déchirés, désormais il ne restait plus rien que ce silence. Mais ses joues étaient inlassablement inondées par les larmes depuis qu’il avait claqué la porte.



{ FIN }


Lucylia N.



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